mardi 6 novembre 2018

Canicule

 

Portes et fenêtres fermées sur un ciel immense,
Tout demeure en attente dans ce grand silence,
Tout est figé dans un tremblement de chaleur
Exténuante, brisant nos belles ardeurs.
C’est bien le temps qui s’écoule dans la torpeur
Et prolonge des après-midi  de langueur.


        Le doux pastel des feuillus et les couleurs franches
        Des épineux et des sapinières tranchent
        Avec la lumière d’un ciel chauffé à blanc
        Qui stoppe net les plus formidables élans. 
        L’esprit lui-même se sent comme en suspension
        Ici, assoupi par tant de profusion.  


Planant sur l’azur, dans la chaleur suffocante
Qui daigne enfin faiblir à la nuit tombante,
L’horizon vibre dans un éther saturé
Et le vaste ciel semble alors m’aspirer,
Semble m’emprisonner dans son souffle brûlant
Qui me saisit comme sur des charbons ardents.


        Le soir est parfois zébré d’étoiles filantes
        Qui fusent et brillent d’une beauté insolente.
        La nuit envahit alors peu à peu l’espace,
        Rongeant le jour pour n’en laisser aucune trace
        Et déversant dans des éclairs incandescents
        Son trop-plein liquide, bruyant et violent.

J’imagine parfois de grands oiseaux planant
Doucement, très haut, si haut dans le firmament,
Si loin  de nous au-dessus de la fournaise
Dont les feux scintillent dans des couleurs de braise,
Contemplant, indifférents, ce monde furieux
Fait de bruits et de fureur, en simples curieux.

   
      J’imagine aussi une autre dimension
      Dans le bouillonnement d’une masse en fusion,
      La douce apesanteur d’une extrême chaleur
      Qui pourrait m’emporter en nage, sans ressort
      Quand, enfin libéré, je rêve que je plane

      Avec les grands oiseaux qui à jamais s’éloignent.


Qu’on se voue au ciel, qu’on implore la pluie
Ou qu’on rêve, qu’on se projette au paradis,
C’est la même peur d’une" saison en enfer",
Lorsque le monde reste sourd à nos prières.


       Dans sa démesure, seul le temps est éternel
       Qui passe en s’étirant longuement dans l’univers
       Pour nous entraîner très loin vers l’inconnu, vers
       Aton, l’astre solaire, loin des désirs charnels.


 

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lundi 5 novembre 2018

Histoires de femmes 1

Réparez, réparez !

« Réparez, réparez ! » qu'elle m'a dit sa mère. Mais moi, je n'sais pas un manuel, je suis nul de mes mains (enfin, pas pour tout, ça dépend pour quoi). J'ai deux mains gauches même si je suis droitier.
Alors, réparer, dans ces conditions!

Surtout, faut pas me demander de réparer un truc quelconque, d'ailleurs ceux qui me connaissent ne s'y risqueraient pas,  je vous le rendrais tout décati, tout niqué. Irrécupérable.

« Vous avez mis ma fille dans cet état, qu'elle me balance sa mère, vindicative, le doigt accusateur, pointé sur mon cœur, comme un revolver, alors maintenant il faut réparer! » Voilà que ça la reprend !
Son truc, c'est celui du pollueur, payeur. Faut un coupable. Je m'en fou, suis assuré en responsabilité civile. C'est bien marqué dans mon contrat, noir sur blanc, si, si je vous assure : « Tout  dégât occasionné par votre faute est couvert par votre assurance. » J'ai même souscrit l'option "prise en charge illimitée". Pas bête la guêpe.
Alors, on peut fauter, y'a pas à se priver !

Sa mère a bien dit qu'on avait fauté. Elle a même lourdement insisté. Je n'suis pas sourd... et sa fille est témoin (témoin à charge). Et si il y a faute, il y a réparation. Imparable.
J'aurais dû faire juriste. Avec mon esprit tordu et ma mauvaise foi légendaire, j'aurais fait merveille. Comme quoi, les vocations...

Raz le bol de sa mère. Quand on se voit, c'est plutôt glacial, moi sur mes gardes, elle sur son quant-à-soi, sourires convenus et raclements de gorge. Voilà qu'elle se met à me faire la leçon, moi je le prend à la légère (enfin, façon de parler, vous voyez ce que je veux dire)

« Vous en faites pas, je suis assuré », que je lui ai répliqué.
« C'est sûr, vous ne manquez pas d'assurance, ni de culot » qu'elle m'envoie dans les dents, toute contente d'elle.
Quant à la fille en question, prise en sandwich entre nous deux, je ne sais pas si elle compte les points mais elle moufte pas.

« Pourtant belle-maman... » (là, sur le "belle-maman", elle a tiqué, ravalé sa salive en me lançant un œil tout noir). « Donc, belle- maman, j'ai fait tout comme d'habitude, je vous le jure... » Je vous dis pas la gueule qu'elle me tire la belle doch... interloquée, prise à contre-pied comme au foot ! Un à zéro. J'en profite pour pousser mon avantage. (au point où j'en suis...)

Ma dulcinée, qui a plus d'humour que sa mère (c'est pas difficile), toujours aussi coite, me lance un petit sourire en coin plutôt amusé... et un peu inquiet quand même quant à la suite (elle me connaît).

« D'ailleurs, votre fille peut le confirmer -n'est-ce pas chérie ?- j'ai fait tout comme d'habitude, je vous passe les détails, n'est-ce pas chérie... ? »

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La femme de Jeannot

- Et ta femme, Jeannot, comment elle va ?
- M’en parles pas…
- C’est surtout elle qui n’parle plus depuis qu’elle est devenue muette.
- Justement, justement… tu sais, cet été on est allé jusqu’à Lourdes. C’est elle qui y tenait, « on ne sait jamais » me faisait-elle comprendre avec sa foutue langue des signes.
- Et alors ?
- Ben… on a vu. Depuis elle a retrouvé la parole, figure-toi.
- C’est pas vrai !
(Jeannot, une gueule d’enterrement de 3 pieds de long)
- Si, si, c’est malheureusement on ne peut plus vrai. Ça n’arrive qu’à moi des trucs pareils. Tu te rends compte, depuis bientôt 10 ans de silence…
- À voir ta tête, ça n’a pas l’air de te mettre en joie !
- Ben, je m’étais habitué au silence, sais-tu, c’est reposant le silence, mais maintenant, je me sens comme si un inuit parachuté dans le Sahara.
- Et maintenant, t’as des acouphènes, dit l’autre en riant. 
- Ah, merci, merci mon dieu qu’elle disait ! Je me demande bien de quoi il se mêle celui-là ; il n’a rien d’autre à foutre. Ce n’est pourtant pas les problèmes qui manquent dans cette époque formidable qu’on vit.

         
Lourdes : la grotte
Lourdes : Basiliques Notre-Dame-du-Rosaire et de l'Immaculée Conception, et gave de Pau

- Dis donc, c’est un vrai miracle ou j’ m’y connais pas !
- Tu parles d’un miracle ! Je vivais peinard, mais non, il a fallu qu’IL s’en prenne à moi. Y’a des milliards d’hommes sur cette foutue planète et il a fallu que ça tombe sur moi ! Pourtant, je faisais pas de foin dans ma petite bulle, je vivais peinard dans mon cocon, comme on dit, « vivant caché pour être heureux », et ben tintin…
- Fais pas cette gueule, ç’aurait pu être pire. Tu aurais pu, je ne sais pas moi, tu casser une jambe par exemple…
- On voit bien qu’il a jamais été marié celui-là. Sinon, il compatirait…
- Tu pourrais toujours porter plainte contre l’Église... pour s’être immiscé dans ta vie privée et pour avoir troublé ton intimité.
- Persifle, persifle, espèce de faux frère !
- Ou alors, tu peux essayer de retourner à Lourdes. Il devrait bien pouvoir défaire ce qu’il a fait…
- C’est pas con, ça. Entre mecs, on devrait pouvoir s’entendre…

   

<< Christian Broussas – Jeannot - Roissiat - 28/08/2018 <> © • cjb • © >>

Quelques proverbes sur l'amour

Quelques vérités de bon sens

   

* L’amour c’est comme la rougeole : plus on l’attrape tard, plus  le mal est sérieux .
* C’est quand les curés entendent les femmes se confesser qu’ils se  consolent de ne pas être mariés.
* J’aimerais parfois être une cigarette : naître au creux de tes mains,  vivre sur tes lèvres, et m’écraser à tes pieds.
* Le mariage c’est le triomphe de l’imagination sur l’intelligence et le  remariage, c’est le triomphe de l’espoir sur l’expérience.
* Avant la crise, on emmenait sa secrétaire en voyage en la faisant  passer pour sa femme ; aujourd’hui avec la restriction des notes de frais,  on emmène sa femme en la faisant passer pour sa secrétaire.

                             

* Quand une femme ne vous fait plus de reproches, vous pouvez considérer qu’elle ne vous aime plus.
*  L’infidélité, il faut parfois des années pour en avoir le soupçon, un quart d’heure pour en avoir la certitude.
* Une femme fidèle rend tous les autres hommes malheureux.
* Nombreux sont les hommes qui doivent leur succès à leur première femme, et leur seconde femme à leur succès.
* Les femmes des uns font parfois le bonheur des autres.

                             
* Proverbe japonais à méditer : la femme infidèle a des remords,  la femme fidèle a des regrets.
* Si vous souhaitez plaire à une femme, dites-lui des choses que vous  n’aimeriez pas qu’un homme dise à la vôtre.
* En amour, c’est comme en chirurgie, il ne faut pas montrer ses outils avant l’opération.
* Aujourd’hui, pour qu’un livre se vende bien, il faut qu’il y ait une belle fille  sur la couverture. Il se vendra d’autant mieux s’il n’y pas de couverture sur la belle fille.

* Quand on sert une femme de trop près, elle trouve que l’on va trop loin… faudrait savoir !


                            

* On se marie par manque d’expérience,  on divorce par manque de patience et l’on se remarie par manque de mémoire.
* Ne faites jamais confiance à un mari quand il est loin, ni à un célibataire quand il est près.
* Un mari gentleman ne se souvient jamais de l’âge de sa femme, il ne se rappelle que la date de son anniversaire.
* Le mariage, c’est un peu comme une greffe ; ça prend bien ou mal ; c’est ce qu’on appelle un phénomène de rejet.
* Si vous êtes jaloux, cela agace votre femme, si vous ne l’êtes pas, ça l’exaspère…


                             

* La migraine est le contraceptif le plus utilisé par les femmes mariées.
* Un homme courtois c’est un mari qui tient la porte ouverte pour que sa femme sorte les poubelles.
* Comme le disait Sacha Guitry, les femmes sont faites pour être mariées,  et les hommes pour être célibataires, c’est de là que viennent tous les problèmes.


<< Christian Broussas – Proverbes - 05/11/2018 - © cjb © >>

samedi 20 octobre 2018

J’inventerai pour toi

Jany 2018 

 

J’inventerai pour toi le sablier éternel
S’écoulant dans un mouvement perpétuel

Belle gomme magique à effacer le temps,
Grains de sable emportés à jamais par les vents.


J’inventerai pour toi les plus beaux noms,
Des noms secrets que nous seuls comprendrons,
Les mots les plus doux comme les plus fous,
Un nouveau langage rien que pour nous. 

Viens avec moi, allons main dans la main
Pour pouvoir jouir des plus beaux matins,

Nous balader tous deux au clair de lune,
En foulant le sable grenu des dunes,
Descendre lentement jusqu’à la mer,
Refaire alors le chemin à l’envers.
 
Prenons aujourd’hui ce qu’il y a de bon, 
Partons dans notre petit nid de Carnon 
Regarder la mer au loin vers l’infini,
Revivre ensemble la splendeur du printemps,
Comme le célébrait Ronsard en son temps,
"Cueillir sans tarder les roses de la vie". 

Pour toi, je voudrais pouvoir dominer le temps
Pour mieux goûter toute la saveur du présent,

Viens, allons retisser les fils de la vie,
Nous abandonner sans partage à nos envies,
Viens près de moi, je veux être le magicien
Attentif de tes rêves inassouvis, viens.
 
<< Christian Broussas – Jany 2018 - 19/09/2018 <> © • cjb • © >>

mardi 24 avril 2018

Le muret



Il se tenait là, tout absorbé à crépir
Le bout de mur qu'il était en train de refaire,
Sans trop y penser, peu pressé de le finir,
Dame, maintenant les heures ne comptaient guère,
Il pouvait comme il voulait prendre tout son temps,
Etre le maçon qu'il fut il y a longtemps,
Chercher dans le travail bien fait la perfection 
Qu'il poursuivait à son rythme, sans pression,
Désormais, le temps n'existait plus, il n'avait
Comme contraintes que celles qu'il se fixait.
      
      Il se tenait là, tournant le dos à la place, 
      Vivant le plus simplement ces instants de grâce
      En contemplant sans complaisance son muret,
      Lissant ses arêtes pour la finition,  
      Et prenant un peu du recul, l'œil aux aguets
      Pour faire une dernière vérification.

Il se tenait là mais l'esprit ailleurs peut être,
Allez savoir, car la mémoire a ses mystères
Qui nous renvoient à tant de souvenirs amers
Qui plongent leurs racines au plus profond de l'être.
      
      Des plaisirs simples, quelques fidèles amis
      Suffisaient à son bonheur, remplissaient sa vie,  
      Intériorisant son passé, comme il pouvait,
      Un lourd passé qu'au grand jamais il n'évoquait,
      La guerre comme une épouvantable blessure,
      Sa prime jeunesse comme une âpre morsure,
      Il fut souvent ballotté entre des familles,  
      Un petit orphelin que la vie éparpille.

Mobilisé, il fut rattrapé par la guerre,
D’abord prisonnier en Allemagne mon père,  
Pauvre vie sous les bombes du côté d'Hambourg
Avant de se faire la belle vers Strasbourg,
Évadé, repris dans la poche de Schaffhouse…
Si loin de chez lui, des amis, de son épouse.

      Sourdaient quelquefois en lui de grandes douleurs      
      Quand le présent lui rappelait d'anciennes peurs,

      Des images de guerre, des réminiscences
      Qui remontaient en de soudaines résurgences.
      Il était là, loin des fantômes du passé,
      Sachant trop bien ce que veut dire aimer,
      Le mètre sortant de la poche de son bleu,  
      Avec moi, si magnanime, si chaleureux,
      Si compréhensif aussi pour mon naturel 
      Brouillon, sachant bien où se situe l'essentiel. 
 
« Viens donc mon petit, on va jouer un peu, 
Pour conjurer le sort, y a vraiment rien de mieux
me disait-il parfois, viens avec moi, viens,
Faut jamais se faire de la bile pour rien. » 
Alors, on jouait ainsi longtemps tous les deux,
lui si débonnaire et moi si impétueux,
Au ballon ou aux cartes, jusqu'au dîner...
Et bien sûr, il me laissait toujours gagner !

     

* Voir aussi
* Mon site Recueil-Poésie --

<< Christian Broussas – Il était là - 4/03/2018 <><> © • cjb • © >>

Le muret II

Le muret de mon père

 

Il est là gisant sur le côté, par terre
Le petit muret qu’avait bâti mon père !
Il me fallut admettre cette évidence :
C’était bien tout un pan de mon enfance
Qui avait ainsi disparu avec lui,
Dans un grand fracas, soudain anéanti.
      
       Pourtant, d’ordinaire, je n’y pensais pas
       Tant je trouvais normal qu’il soit toujours là.
       Pourquoi diable aurais-je pensé ce matin  
       À ce muret construit au bas du jardin ?
       Ce n’était après tout qu’un petit ouvrage
       Écroulé barrant maintenant le passage.
 
Bouts de grillage arraché et fers tordus
Jonchaient, d’un côté, la pelouse tondue,
Spectacle vécu comme une déchirure
Qui me traversa,  invisible blessure
Bien plus grave que ces pauvres dégâts
Témoins de ces lieux en si piteux état.
 
      Il fallait bien que j’en fasse mon deuil
      Et quoi qu’il m’en coûtât ou quoi que je veuille,
      Me résoudre à en construire un tout nouveau
      Mais étranger comme si c’était un faux,
      Tout neuf, tout beau certes avec ses parements, 
      Mais ce ne sera jamais plus comme avant,
      Malheureusement, quoi que je puisse faire,     
      Oh, plus jamais pour moi le mur de mon père.


Parfois, je le revois encore mon père,
Contemplant le crépi et les angles de pierre,
Comme le symbole de son savoir-faire,
Son mètre en main, comme si c’était hier,
Lui, si loin d’imaginer ce saccage,
Et moi, tenu de réparer cet outrage. 



     

* Voir aussi
* Mon site Recueil-Poésie --

<< Christian Broussas – Le muret II - 20/04/2018 <>© • cjb • © >>