mardi 9 avril 2019

Dix ans déjà

 

Que reste-t-il de la fuite des jours,
De tes combats, ton œuvre, tes amours,
As-tu volé quelque éclat de bonheur
Au cours de ta vie, même aux sombres heures 
Faites de grands doutes et de solitude,
Bien loin de toutes tes certitudes.

Questions ô combien vaines maintenant,
mais il reste encore de temps en temps
La référence que tu as été
confortée par le poids de tes idées,
Un téléfilm sur "Le Retour du père",
Un entretien sur "Cargo pour l’enfer",
Un bel article, une émission télé,
Une rétrospective sur Arté,
Un bel hommage pour l’œuvre accomplie
Comme autant de pieds de nez à l’oubli.

Vous rappelez-vous la boucle ineffable
Du  jeune apprenti affligé mais fier
Au vieux sage de La Courbatière,
Sceau du parcours d’un homme infatigable ?

Souvenez-vous de l’Homme révolté
Partant au Bengladesh au débotté,
Toujours prêt à faire des sacrifices
Pour mieux lutter contre les injustices.
Rappelez-vous l’homme de paix qu’il fut
Toute sa vie, sans arrêt à l’affût
Pour dénoncer les séquelles immondes
Des guerres qui sévissent dans le monde.

Restent à jamais ancrés dans nos mémoires, inscrits
Les romans et les sagas que tu as écrits,
La puissance rageuse de tes personnages,
La grandeur évocatrice de tes paysages
Qui accompagnent peu à peu au fil des pages
La force suggestive de tes témoignages.

Dix ans qui se sont écoulés,
Que l’eau sous les ponts a coulé
Entre Lyon et Vernaison,
Qu’ont aussi passé les saisons.
Dix ans déjà
Que ta plume féconde s’est tue,
Dix ans déjà
Que le chêne a été abattu.

Repose à Frontenay près des grands arbres,
Dans ta terre, dans ton linceul de marbre,
Repose là-bas dans ton Jura natal
Là où tu ne connais plus ni bien ni mal,
Où il n’existe plus ni mots ni ratures :
Tu as si bien servi la littérature.

   
À Lyon sur les quais du Rhône              Dans le Jura avec ses amis Sauter

<< Christian Broussas - Dix ans déjà - 04/2019 © cjb © • >>

jeudi 4 avril 2019

Sagittaire et Gémeau

            Sagittaire, cathédrale de Chartres

Entre sagittaire et gémeau

Et voilà donc ce soir sagittaire et gémeau
Réunis en un si charmant duo.

Au début, il lui glissait de doux petits mots
Et elle songeait : « Oh, mais quel culot ! »
Il se disait « Oh mazette, elle est vraiment trop ! »
Et elle : « Oh, il me paraît très comme il faut. »
Lui : « Ah, vraiment, j'ai beaucoup de pot »,
Elle : « Oh, quel beau profil latino ! ».

Il voulut quand même y aller mollo, mollo
Ayant peur de se prendre un rateau,
Mais il songea : « C'est dit, je me jette à l'eau... »
Et elle alors : « Ah enfin, ce n'est pas trop tôt. »
Sans plus attendre, il s'exécuta aussitôt...
Enfin presque... Presto ma non tropo.

Ensuite, ils allèrent jouer les tourtereaux
Très loin, jusqu'aux confins du Colorado,
Admirer, du haut du Golden gate, les eaux
Profondes de la baie de San Fransisco,
S'en aller enfin jusque chez les Navajos
Pour gagner les grands parcs dans leur petite auto.

Maintenant qu'a été béni l'anneau
Et qu'ont été déballés les cadeaux,
Il nous reste à saluer nos héros

En leur donnant un grand coup de chapeau.

Voilà, entre un sagittaire et une gémeau,
Ô, sans aucun doute, la vie c'est du gâteau ! 

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< Ch. Broussas • Zodiaque  © CJB  ° • 04/04/ 2019  >
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lundi 4 mars 2019

Histoires courtes et anecdotes

       

Le lave linge
Notre nouveau lave-linge est formidable : une fois la lessive terminée, il m'appelle "Christian, Christian, vient vite m'étendre, vient vite !" "Oh oui, avec les épingles à linge !"

Si vous oubliez une opération, il vous appelle d'une voix suppliante : "Oh, viens m'essorer, encore, encore..." On n'arrête pas le progrès.

Prenez bien le modèle français, parce qu'en Chinois, cela fait : "Tchin, tchin, ping pong ! " et ça ne va pas du tout. Et puis, il parait qu'avec le modèle chinois, quand on fait une lessive de blanc, le linge ressort jaune... alors méfiez-vous !

De toute manière, on sait qu'il vaut bien mieux laver son linge sale en famille.
Prenez bien soin de vous.

Histoire de graphie
Figurez-vous, voilà  ma femme partie au diable vauvert se faire faire une mammographie... alors que je pourrais lui faire la même chose à la maison! La plotographie -ou tripotographie- c'est la même chose, avec les photos en moins... mais on peut facilement y remédier... enfin presque... car seule la première est remboursée par la Sécu.
Sacrée Sécu, une bonne plotographie et hop, elle transmet directement le dossier à  la CAF... ils sont forts quand même à  la sécu !

Sacré Korrigan !

La fille montre à sa mère un ventre qui, curieusement, s’est arrondi. La jeune fille, devançant sa mère :
- Regarde ce qu’il m’a fait le Korrigan, maman… pendant que je dormais !
(… pendant que je dormais, chante Moustaki… il est trop tard…)
- Le Korrigan, s’exclame la mère, es-tu sûre ma fille ?
- Mais, mère… dit-elle en rosissant.
- Ne serait-ce point plutôt le Pierre, le fils de notre voisin ? Un sacré Korrigan celui-là, tu peux m’en croire !
- Oh, maman… redit-elle en  rougissant.
- Et d’après toi, comment est-ce donc arrivé ?
- Oh, oh, oh mère, en vérité, je ne sais… les pouvoirs magiques du Korrigan, très certainement…
- Ma fille, le coup (si j’ose dire), le coup de la Vierge Marie, on nous l’a déjà fait une fois, ça suffit, on a compris.
- Mais… maman…
- Il n’y a pas de "mais…" Cette fois, il y aurait récidive.
- Oh mon Dieu, mais que vais-je devenir ?
- Laisse le bon Dieu en-dehors de cette histoire et demande au Korrigan de te payer une pension alimentaire.
- Mais… je ne le connais pas…
- Vraiment, tu n’en a aucune idée ?
- Aucune. Il n’est peut-être même pas d’ici.
- Qu’est-ce tu faisais avec Pierre l’autre jour sur le tas de fumier ?
- Heu… sur le tas de fumier, tu es sûre… On cherchait des vers pour que Pierre puisse aller  à la pêche.
- Ah ça, pauvre de nous, pour pêcher, il a pêché le Pierre. Pour sûr, il a très bien pêché et la prise a été de taille !
- Oh non, c’était de tout petits vers, gros comme des vermisseaux. (Elle montre d’abord petits puis qui grossissent) Enfin, certains étaient plus gros que d’autres.
- Et dis-moi, c’était quel genre de pêche ?
- Heu… c’était l’époque de la pêche aux moules.
- Eh bien, en parlant de moules, la tienne est dans un drôle d’état ma fille !
- Mais… maman… dit la fille d’un ton implorant.
- Des vers pour pêcher la moule, c’est nouveau.
- Oui, c’est la spécialité de Pierre.
-Peut-être bien une spécialité qui nous vient des Amériques. ?
- Il ne m’en a rien dit.
Pas très causant le Pierre mais très actif.
Ah, dit la fille en se regardant, j’ai sans doute un peu épaissi ces temps-ci.
- Je ne connais pas la taille de ces fameux vers mais la tienne en a pris un coup !
- Oui, un coup du sort, voilà tu as raison, un coup fourré de Korrigan !
- J’espère que tu ne vas pas nous faire un petit Korrigan, il y a assez d’illuminés comme ça dans la famille !

Petites histoires
Que dit un émir qui n'a plus rien à  se mettre ? --> "Mon Dieu (ou par Allah), je suis à  bout d'habits !"
* Pour Bachar al-Assad, les frappes britanniques en Syrie sont "illégales" ! Mais quelle différence avec des bombes légales... à moins que ce ne soit marqué dessus! Ah, les bombes légales tuent légalement.
* S'il y a un sens du réel, il doit y avoir aussi un sens du possible. (Robert Musil)
* comme l'a dit Goethe, « tout ce qui est parfait dans son genre transcende ce genre pour devenir quelque chose d'autre, d'incomparable. » En matière de perfection, ce qui est n'est plus, autrement dit, tout est vraiment dans tout ou plutôt, le tout parfois engendre le rien et le oui est un non. Mais l'histoire ne nous dit pas si le non peut se transformer en oui. Misère de la dialectique. (Misère, misère... Coluche)  
* Blanche neige et les 7 mains

- Oh, mais tu n’es qu’un gros cochon !
-Ah ah ah… enfin un compliment !

- Et après 40 ans de vie commune, vous vous aimez toujours, vous vous dites toujours des mots tendres, chaque jour. Ah oui, mais quoi par exemple ?
- Heu… chaque jour… par exemple quand elle me dit « à table » ! Alors là, pas question de faire traîner, j’arrive ventre à terre (enfin presque), des fois qu’elle s’avise de changer d’avis !

- Ah, le soir, j’adore qu’elle me fasse des papouilles, me masser le cou et la tête de ses mains douces… c’est autre chose que de se prendre la tête… sans les mains.

* Mais pourquoi diable les femmes râlent-elles si souvent ?
- si les "roux pètent", les "rousses pètent" ou parfois aussi les "rousses s'caillent" !
C'est pourtant simple à comprendre !

Le dessert de Mirza
Pauvre Mirza qui dépérissait à vue d’œil, de jour en jour, tant que Marie sa maîtresse se résolut à l’emmener chez le vétérinaire. Après un examen minutieux, le vétérinaire, sceptique, propose à Marie de l’opérer en urgence, ayant décelé un blocage stomacal.

Le lendemain, Marie, inquiète revient à la clinique. Tout s’est bien passé mais le vétérinaire a une drôle de mine qui surprend Marie.
- « Vous me cachez quelque chose docteur, je le sens. »
- « Pas du tout chère madame, lui rétorque le vétérinaire, mais j’ai néanmoins une petite surprise pour vous, un petit cadeau à vous remettre de la part de Mirza.
 »

Et il exhibe une petite culotte tout en dentelles, dans un état lamentable... que Mirza avait dû prendre pour une friandise !

Ah, ah… sacrée Mirza !
- « L’intérêt, persifla le vétérinaire devant la mine réjouie de la secrétaire, c’est que la prochaine fois que vous égarez votre culotte, appelez Mirza à la rescousse : "cherche, cherche Mirza, cherche ma petite culotte, mais fais comme le chien truffier, ne la mange pas !" »   

En attendant, Mirza n’en menait pas large et baissait la tête d’un air penaud.

La blonde qui bégaie

C'est l'histoire d'une blonde qui bégaie et va passer un entretien d'embauche. Pendant l'examen, l'un des responsables lui demande :
- Selon vous, quelles sont vos principales qualités ?
- Oh, c'est fa, c'est fa, c'est facile, répond-elle. Je vais vous mon, vous mon, vous montrer mon cu, mon cu, mon cu...rriculum vitae. Vous, vous, vous verrez, vous ne se, se se serez pas déçu.
Et alors dit sa copine qui brûlait de connaître la suite ?
- Ben, ils m'ont dit que, que je pou, je pou... je pouvais disposer.
Par contre, ce que je peux vous dire, c'est qu'elle a finalement été embauchée pour "son aptitude  à la communication" paraît-il.
Comme quoi la communication est vraiment une vecteur essentiel de la compétence. (Ne l'oubliez jamais, ça peut servir)
A noter aussi que dans le mot COMMUNICATION, il y a NIQUER. Pur hasard étymologique bien sûr.

La dot
La mère de la jeune fille à son (futur) gendre :
- Vous voulez que je vous donne la main de ma fille’, monsieur, eh bien, j’y consens volontiers.
- Ah madame, vous ne pouviez me rendre plus heureux, j’aime votre fille, sa main… et tout le reste.
- Mais… puis-je vous demander quelle sera sa dot ?
- Ah, ah, vous êtes un coquin, vous aurez ma fille toute nue, monsieur, sans un centime !
- Entends-tu chérie ce que dit ta mère, il faut que je te prenne toute nue.
- Ben oui, bafouille la demoiselle, rougissante de confusion.
- Et bien, qu’attends-tu ma chérie, je dois te prendre toute nue… C’est la condition mise par ta mère et je ne peux y déroger.
 - Ah, ah, bredouille-t-elle toujours confuse.
- Et bien, déshabille-toi !

Porter sa croix

À la croisée d’un chemin, passant devant une croix avec son Christ cloué dessus, je l’entendis m’interpeler.
- Au lieu de faire l’indifférent, tu ferais mieux de m’aider à porter ma croix.
- Ho là, ho là, répondis-je, comme dit le proverbe, chacun pour soi et dieu pour tous…
Je n’eus pas le temps de terminer ma phrase qu’il m’apostrophait sans ménagement, me jetant un œil mauvais, par dessous.
- N’as-tu pas honte de repousser ton prochain comme tu viens de le faire, égoïste !
Voilà qu’il me sermonnait maintenant.
- Oh la, oh la, égoïste et puis quoi encore. Et toi, m’as tu déjà donné un coup de mains ?
Et je poursuivis mon chemin sans attendre une réponse dont je devinais la teneur.
Quelques jours plus tard, je repassai devant la croix et lui faisant un petit signe de politesse mais il me battit froid, refusant apparemment de m’adresser la parole. Je n’en fis pas cas mais quand même, quel sale caractère ce Jésus, son père Joseph a dû en baver avec un gosse pareil.

J’eus beau lui faire des signes d’amitié en passant, il persista à me bouder et à rester muet à mon approche. Lui, muet comme une carpe alors que partout on dit que le Christ est toujours en train de crier. Si, si, je dis bien de crier.
Vous ne me croyez pas alors écoutez, partout ici ou là, dans les églises, tout le monde dit : « Jésus crie, Jésus crie ! » mais diable, après est-ce qu’il crie comme ça !

   

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lundi 4 février 2019

Histoires et anecdotes

    

Le pigeon pigeonnant

Ah, pour pigeonner, ça pigeonnait ! Court vêtue, elle ne passait pas vraiment inaperçue à la fête foraine. Mon copain Max qui la connaissait lui fit la bise et l’apostropha :
- Ben dis-donc, ça pigeonne grandiose aujourd’hui ! Tu es bonne pour figurer dans le "tableau d’une exposition". À mon humble avis, tu en montres trop ou pas assez.

Elle paraissait assez flattée de cette remarque, nous gratifiant d’un charmant sourire.
- Ah, je vois que j’ai affaire à un connaisseur, lui répondit-elle du tac au tac, tandis que sa copine riait franchement.

- Enfin, en ce qui me concerne, ce serait plutôt « pas assez » mais bien sûr les goûts et les couleurs, ça ne se commande pas, n’est-ce pas ! Ah, le tissu est cher, on a beau tirer sur les bords de la mini jupe, pas moyen de la rallonger… à moins d’acheter de ces jupes à taille unique… C’est pratique, tu sais, en tirant dessus on passe illico du 38 au 46… magique hein.

Magnanime, elle répondit toujours en souriant : « Et bien messieurs, vous êtes en présence d’une taille 40 et d’un superbe 95 B bleu et rose à dentelles. » 

Mon ami continua sur le même registre, toujours tout sourire, me poussant du bras pour le soutenir et abonder dans son sens. La détaillant du regard, j’ajoutais alors d’un air faussement sérieux :

- Et… c’est tout du naturel, aucune volonté de tricher avec la nature ? À notre époque on ne sait jamais… on vit une drôle d’époque quand même. Il vaut mieux se méfier des apparences… et procéder aux vérifications nécessaires.

Si vous aviez vu la tête qu’elle nous fit ! Offusquée et même offensée la demoiselle qui nous jura tous ses dieux que tout était dans un état que nul bistouri n’avait jamais effleuré ! Écologique en quelque sorte, sans adjuvant, sans bouts de plastique ou de polystyrène pour tricher avec la nature.

- Attention, dans ce cas-là, il y aurait matière à poursuivre pour faux et usage de faux, publicité mensongère, tromperie sur la marchandise… poursuivit mon ami, qui exploitait le filon.

Et bien sûr, nouvelles dénégations de la demoiselle qui nous tira élégamment une petite langue toute rose.

- Ah, aaah… rétorqua Max, moi je veux bien te croire sur parole mais quand même, il me faudrait une preuve dûment attestée par une rigoureuse palpation.
- Ah, non, non, non, on ne touche pas messieurs, pas question, vous devez me croire sur parole, dit-elle en jouant toujours le jeu.

Bien sûr, sans conviction, on en rajouta encore un peu sur les "fraudes à la personne" mais elle se tapa sur les fesses en nous défiant.
C’était un sacré tempérament !
Max en profita.
- Pas la peine d’essayer de te regarder les fesses, tu n’y arriveras pas. Tu peux tout juste attraper un torticolis. Demande-moi plutôt. Moi au moins, je suis bien placé… très bien placé… et l’œil du spécialiste en plus…
Ah, le galbe est parfait, surenchérissais-je.

Avec un petit rire mutin, elle nous fit une moue hautaine :
- Rangez donc vos blagues salaces, petits sacripants. Alors attention jeunes gens intrépides, pas touche, on regarde mais on ne touche pas. En matière de drague, vous avez beaucoup de progrès à faire et en tout cas, aujourd’hui vous êtes recalés, pas même admis à l’oral de rattrapage !

Et elle partie, impériale sur ses talons, nous laissant tous les deux piteux et sans voix. Décidément, ce n’était pas notre jour. 


     

Le dernier Kiwa

Dimanche après-midi, belle exposition de voitures anciennes au camping de Saint-Amour dans le Jura. Pas forcément très anciennes d’ailleurs mais quand même, quelques beautés qui s’étaient justement fait une beauté pour l’occasion : des américaines arrogantes aux amples formes, des françaises rutilantes, coquettes, les incontournables Citroën Traction avant et DS 19 ; seule une "Trèfle" de 1938 trônait au milieu du site.

En fait de vieilles voitures, la plupart n’étaient pas plus vieilles que moi, certaines étaient même plus jeunes ! Je leur en ficherais moi, des vieilles voitures à cs malappris!

Côté matériel agricole, beaucoup de tracteurs dont les plus anciens crachaient une fumée noire, hoquetant, trémulant de toute leur vieille mécanique devant l’air satisfait de leur propriétaire. Et puis à la fin de la file, une espèce de tracteur à trois roues que je reconnus sans peine : un Kiwa, le fameux Kiwa qui avait accompagné ma jeunesse. Ici, dans ce département montagneux, on était trop pauvres pour avoir de "vrais" tracteurs, et puis avec des pâturages si pentus…

Ah le Kiwa, qui se souvient de cet engin à trois pattes qui pétaradait sur les chemins de la commune dans les années d’après-guerre. Teuf, teuf, teuf, le crapeau cahotait en cadence au gré de son moteur diesel qui le propulsait à la vitesse d’une tortue,

 Teuf, teuf, teuf, on riait quand le grand Berre passait sur son Kiwa par la place du village, grand échalas maigre comme un clou qui tressautait au rythme de son engin, hop, hop, hop, sa casquette tressautant au même rythme

Le suivait de près son frère Julien, même gabarit, toujours juché sur un Kiwa, qui tressautait au même rythme, teuf, teuf, teuf , dont le béret se soulevait avec la même fréquence, hop, hop, hop… et nous qui riions à gorge déployée du spectacle assez croquignole qui s’offrait à nous… avec quelques commentaires adéquats.
- Oh Julien, ça crépite ben aujourd’hui sous ta casquette.

Il nous jetait un regard du côté, mine de rien. On continuait de plus belle.
- Oh la la, t’as bien raison Julien, "qui va sano va lentano"…

Et là, il nous montrait une face marquée par un fort tarin en bec d’aigle et nous lançait des « petits saloupiots, j’va vous apprendre à vivre moi » parce qu’il croyait que c’était une insulte !

Au retour des champs, pour peu qu’on fût encore en faction sur la place, même spectacle. Et même rires, mêmes quolibets et mêmes réactions.
La cerise sur le gâteau, c’est quand au retour des champs, les deux frères revenaient ensemble.

        

Horoscope personnel

Béliers : Mauvais présage, on pourrait bien vous tondre comme un mouton. Et pas question de « mais, mais… » !
Taureaux : Vous risquez de voir rouge... et dans ce cas vous allez être "olé", olé" toute la journée.
Gémeaux : Si vous apercevez votre image dans une glace, rassurez-vous, ce n'est pas un clone.
Cancers : Méfiez-vous de vous-mêmes : vos "instincts métastasiques" vous poussent à "foutre la merde" partout.
Lions : Vous êtes le roi, bien sûr, mais le roi de quoi ? Réfléchissez bien ! Aujourd'hui, sans aucun doute, celui que chantait Brassens !
Vierges : Le mot lui-même est une provocation. Pour tous les menteurs (et menteuses) de ce signe, pour les vierges sages, devenez folles, pour les vierges folles, est bien "fol qui s'y fie".
Balances : Faire pencher un plateau de la balance risque d'être pour vous un fléau.
Scorpions : Le scorpion de feu de la légende pourrait bien sévir envers tous ceux qui n'ont pas la conscience tranquille (et ils sont nombreux !)
Sagittaires :  Tous les sagittaires (avant de s'en servir) risquent d'être bouchés aujourd'hui... et ils ne sont pas dans la merde !
Capricornes : Eh oui, c'est foutu... Capri c'est fini. Et quant aux cornes, consolez-vous, vous n'êtes pas les plus mal placés; y'a pire!
Verseaux : Verseau... "litaire" ou pas... mais aussi de la belle eau du diamant.
Poissons : Attention, les dames poissons pourraient bien tomber sur un maquereau qui les prenne pour des morues.

    

Les noisettes grillées

X1 « J’étais au marché l’autre jour, furetant dans les allées à la recherche de bonnes affaires, quand mon nez fut attiré par une tenace odeur de noisette grillée qui s’échappait d’un étal un peu plus loin. ».
X2 : « Je reconnais bien là ton sens du concret ».
X1 : « Une agréable fragrance de parfum m’aurait aussi fort intéressé. »
X2 : «  Te connaissant, je n’en doute pas. » 
X1 : « Je suivis donc la trace odorante qui menait à une grande poêle où rôtissaient de petites noisettes toutes rondes qu’on enduisait ensuite de chocolat. »
X2 : « Je me doute bien que tu n’as pas été attiré par une odeur de courge ou de choux-fleurs. »
X1 : « Mon regard fut tout de suite attiré par de petites coupelles pleines d’une pâte chocolatée particulièrement appétissante.
X2 : « "Goûtez monsieur, goûtez notre spécialité aux noisettes pilées et grillées", me proposa une charmante jeune femme avec son plus joli sourire.
X1 : « "Quoi, fis-je en feignant moult grimaces, vous maltraitez ces pauvres noisettes qui n’ont même pas une société protectrice pour lui venir en aide !" Elle me regarda comme si j’avais eu une soudaine éruption de boutons. »
X2 : « Dis plutôt que tu n’avais rien trouvé de mieux pour la draguer. Ah, les hommes, ils voient un jupon et hop… c’est parti ! »
X1 : « Pas du tout, pas du tout, quel malignité instilles-tu dans ma petite plaisanterie. Tout juste une petite galéjade pour faire connaissance. »
X2 : « Tu vas encore me dire que j’interprète ta pensée… Je te connais. »
X1 : « "Oui, poursuivis-je, vous les grillez sans pitié, vous les vouez au feu de l’enfer sans vergogne et vous finissez par les écraser dans des étaux de pierre". Si vous aviez vu sa tête ! L’air ahuri, un rien pincé comme si je l’avais insultée, quand un grand rire sonore a retenti derrière elle. Son mari sans doute. Toute rouge, elle a déguerpi en haussant les épaules. »
X2 : « La pauvre, tu l’as humilié, oui, sans vergogne. »
X1 : « Je lui ai quand même acheté un grand pot à la fameuse poudre de noisettes grillées. »

      

Dérèglement climatique.
Noé et l’administration


> > En 2015 après Jésus-Christ, Dieu visite Noé junior et lui dit : « Une fois encore, la terre est devenue invivable et surpeuplée. Construis une  arche et rassemble un couple de chaque être vivant ainsi que quelques bons humains.  Dans six mois, j'envoie la pluie durant quarante jours et quarante nuits, et je détruis tout !"
> >
> > Six mois plus tard, Dieu retourne visiter Noé et ne voit qu'une ébauche de construction navale.
> >
> > - Mais, Noé, tu n'as pratiquement rien fait ! Demain il commence à pleuvoir !
> >

> > - Pardonne-moi, Tout Puissant, j'ai fait tout mon possible mais les temps ont changé : J'ai essayé de bâtir l'arche mais il faut un permis de construire et l'inspecteur me fait des ennuis au sujet du système d'alarme anti-incendie.
> >
> > - Mes voisins ont créé une association parce que la construction de l'échafaudage dans ma cour viole le règlement de copropriété et obstrue leur vue. J'ai dû recourir à un conciliateur pour arriver à un accord.
> >
> >   - L’urbanisme m'a obligé à réaliser une étude de faisabilité et à déposer un mémoire sur les coûts des travaux nécessaires pour transporter l'arche jusqu'à la mer. Pas moyen de leur faire comprendre que la mer allait venir jusqu'à nous. Ils ont refusé de me croire.
> >  
> >  - La coupe du bois de la construction navale s'est heurtée aux multiples Associations pour La Protection de l'Environnement sous le triple motif que je contribuais à la déforestation, que mon autorisation donnée par les Eaux et Forêts n'avait pas de valeur aux yeux du Ministère de l'environnement, et que cela détruisait l'habitat de plusieurs espèces animales. J'ai pourtant expliqué qu'il s'agissait, au contraire de préserver ces espèces, rien n'y a fait.
> >
> >  - J'avais à peine commencé à rassembler les couples d'animaux que la SPA et WWF me sont tombés sur le dos pour acte de cruauté envers les animaux    parce que je les soustrayais contre leur gré à leur milieu naturel et que je les enfermais dans des pièces trop exiguës.
> >
> > - Ensuite, l'agence gouvernementale pour le Développement Durable a exigé une étude de l'impact sur l'environnement de ce fameux déluge. Dans le  même temps, je me débattais avec le Ministère du Travail qui me reprochait de violer la législation en utilisant des travailleurs bénévoles. Je les avais embauchés car les Syndicats m'avaient interdit d'employer mes propres fils, disant que je ne devais employer que des travailleurs hautement qualifiés et, dans tous les cas, syndiqués.
> >
> >   - Enfin le  Fisc a saisi tous mes avoirs, prétextant que je me préparais à fuir illégalement le pays tandis que les Douanes menaçaient de m'assigner devant les tribunaux pour "tentative de franchissement de frontière en possession d'espèces protégées ou reconnues comme dangereuses".
> >
> >  Aussi,  pardonne-moi, Tout Puissant, mais j'ai manqué de persévérance et j'ai abandonné ce projet.
> > Aussitôt les nuages se sont dissipés, un arc-en-ciel est apparu et le Soleil a lui.
> >
> > Tu renonces à détruire le monde ? demanda Noé.
> > Inutile, répondit Dieu, l'administration s'en charge.

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Sacré premier mai

Ah le premier mai, le muguet, quelles senteurs magiques s’exhalent de ces petits bouquets aux clochettes blanches !
Mais où est-elle donc cette fameuse fragrance, si agréable à nos narines, invisible, insaisissable. Pourtant elle existe bien puisqu’on peut respirer son parfum. Ce rien non préhensible existe bel et bien, donc le rien existe et en tant que tel, il n’est pas rien. Tel est le paradoxe de la physique :
Si tout est dans tout, rien n’est pas dans rien.

Ah, je me sens vide tout à coup, comme une espèce d’ensemble constitué de riens, confronté au néant. Mais le néant n’est pas rien puisque Jean-Paul Sartre par exemple lui a consacré tout un bouquin, L’être et le néant. Le néant est donc pour le moins constitué de pages et d’encre. Ce n’est pas rien !
Tout de même, sacré brin de muguet ! Vivement le 2 mai !

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Salade et rhubarbe

Les occasions de rire ne sont pas si nombreuses, alors quand Sarkozy prend la parole, il faut en profiter. "Passe-moi la salade, je t'envoie la rhubarbe", telle est la nouvelle formulation à  la sauce "sarkosienne" du dicton « passez-moi la rhubarbe, je vous passerai  le séné ». Pourquoi pas, passe-moi la carotte, je t’envoie le navet ? Sacré navet… et en direct !

Les internautes s’en sont donné à cœur joie et j’ai relevé pêle-mêle :
- Quelle salade ? La moutarde lui est montée au nez en voulant ménager la chèvre et le chou !
- Qui peut me passer la rhubarbe, j’ai la salade ?
- Cette nuit, cauchemar : j’ai rêvé que je passais la salade et on ne me renvoyait pas la rhubarbe (ou elle était pourrie) !
-Sarkozy, arrête tes salades ou tu vas prendre une tarte (à la rhubarbe).
- Si tu me donnes des noix de coco, je te donne des ananas.
- Salade de rhubarbe : sauce républicaine.
- Au choix : salade et rhubarbe ou carottes et navets
- Ça me rappelle les paris à la noix où il faut placer des mots incongrus comme rhubarbe dans une réunion.
- La vérité éclate : Sarkozy est en fait un générateur de phrases aléatoire !

Pour mémoire, ces quelques vers de Georges Brassens tirés d’une de ses chansons :
- Et nous, copains, cousins, voisins,
- Profitant ( on n’est pas des saints)
- De ce que ces deux imbéciles
- Se passaient rhubarbe et séné,
- On s’partageait leur dulcinée.

Chez Brassens, ça rime, chez Sarkozy, ça rime à rien !

      

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mercredi 30 janvier 2019

Dans les yeux d’Anaïs

  

Qu’est-ce qui brille dans les yeux d’Anaïs,
Dissimulée tout au fond de son iris,
Une lueur intime qui transparaît
En soulignant très légèrement ses traits
Avec cependant un rien de retenue,
Fruit d’une nostalgie de ce qui fut,
Ou peut-être de ce qui aurait pu être,
Bien différent du simple art de paraître.


Dans les yeux d’Anaïs, qu’est-ce qui brille
Bien tapi au fond de ses pupilles,
Qu’est-ce qui se dessine de son être,
Un geste qui lui échappe peut-être,
Une expression, un petit air narquois
Vite réprimé, fait d’on ne sait quoi.

    

Comment savoir pour simplement dire
Ce qui dans sa nature peut séduire,
Ces petits riens qui font tout son charme
Ne dévoilant presque rien de son âme.

Dans la voix d’Anaïs, qu’est-ce qui m’émeut 
A ce point que j’en ai le cœur en feu,        
Un petit trémolo pour le mauvais temps,
Ses longs cheveux vaporeux flottant au vent,
Quelques trilles pour célébrer le printemps :
Belle parenthèse pour un beau moment.
 
Mais la magie a disparu
Et en moi tout s’est confondu, 
Son image s’est estompée
Fondue dans la réalité.

Tout s’est alors brisé

Et le charme est tombé.


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vendredi 25 janvier 2019

Tourner la page

 

Tourner la page, quel beau pari,
Comme ça, sans vraiment y penser
N’est-ce pas super en vérité,
Ça paraît facile a priori,
Méfiez-vous, rien de plus malaisé,
Rien n’appelle plus de fermeté :
Partir ainsi sans se retourner
En rejetant ce qui a été,
Errer sur les chemins de hasard
Où d’aléas, chacun a sa part.

Mon dieu, pauvres mortels que nous sommes,
Déjà aux temps antiques de Rome
Soumis à la merci des trois Parques
Quand on peinait à prendre ses marques,
Divinités qui tiennent les rênes
Célestes de l’aventure humaine,
Qui tissent les fils de nos destins,
Qui règlent le mal et le bien,
Tout ce qui, ici-bas, nous retient
Et puis, malgré ce qu’il advient,
Restent les êtres qui nous sont chers,
Tous ceux qu’on chérit comme des frères.

Prise entre désirs et innocence
Dans le tourbillon de l’existence,
Se demanderait Valéry, que
Devient maintenant la Jeune Parque ?

Dans ma vie, j’en ai tourné des pages,
J’en ai chassé aussi des mirages
Jusqu’à épuiser toute ma rage
Mais en suis-je devenu plus sage
Pour autant, suis-je plus mûr…

À l’évidence, rien n’est moins sûr. 
Ai-je au moins gardé cette innocence
Que l’on dit héritée de l’enfance ?

Dernières parutions
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samedi 12 janvier 2019

Un conte de Noël

Un conte de Noël : Circé et le loup

            

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C’était par une froide nuit de décembre quand une jeune fille nommée Circé s’enfonça dans les sombres profondeurs de la forêt. Pour rejoindre le village de sa grand-mère à qui elle rendait visite, Il lui fallait cheminer sur un sentier gelé parmi ces milliers d’arbres au fût élancé, ces « colonnes du ciel » comme les appelait Bernard Clavel, qui par endroits masquaient l’étroit chemin.  

Circé restait vigilante, attentive aux bruits familiers de la forêt, une branche qui s’affaisse sous le poids de la neige, le givre qui craque sous ses pieds. Pas de bruit suspect pour l’instant, si ce n’est le départ furtif d’un rongeur qu’elle avait dérangé.

Malgré un petit pincement de cœur, elle n’avait pas peur. Sa Mère Grand le lui avait bien dit : « Ma petite, un jour ou l’autre tu verras le loup mais n’ait pas peur, il paraît beaucoup plus méchant qu’il n’est en réalité. » Elle aimait beaucoup sa Mère Grand et la croyait sur parole. Son frère aîné qui était un chenapan de première, lui avait confié d’un rire sonore : « C’est vraiment bizarre, les filles ont peur d’un rien, d’une souris ou même d’une araignée mais elles n’ont jamais peur du loup !» Ah, ah, ah… » 

Elle ne trouvait pas ça drôle du tout…  les garçons sont bizarres. Heureusement, son ami Pierre qui était doux comme un agneau, devait s’y connaître en loup puisqu’il lui avait écrit un joli poème intitulé « Pierre et le loup ».

Cette nuit était vraiment très froide mais elle avait pris ses précautions, enfilé un gros collant et son Damart, une large cape rouge au tissu innervé de fibres auto chauffantes et un épais bonnet, rouge lui aussi, que lui avait offert Mère Grand. Les mains bien enfoncées dans ses poches, les écouteurs aux oreilles, elle se distrayait en écoutant les chansons à la mode et malgré le froid, consultait de temps en temps ses messages ou en envoyait à ses amies. Ainsi elle avait moins l’impression d’être seule dans cette immensité glacée.

Elle arrivait tout près du village de sa chère Mère Grand quand soudain, au détour d’un dernier chemin creux, elle tomba nez à nez avec elle. C’est à peine si elle la reconnut avec ses grandes dents, cet accoutrement inhabituel et ce regard si perçant qu’elle ne lui connaissait pas.

- Mais que fais-tu là grand-mère par ce froid glacial ?
- J’étais allée chercher quelques provisions que j’avais oubliées d’acheter. Ah, que veux-tu, ma mémoire faiblit, elle n’est plus ce qu’elle était…
Quelle voix curieuse avait-elle donc aujourd'hui se dit Circé, soucieuse de ces transformations mais s’efforçant de n’en rien laisser paraître.
Tout sourire, elle invita sa petite fille à venir prendre une collation chez elle.
- Tu as bien un petit moment à me consacrer ; tu sais, à mon âge, je ne reçois guère de visites.
C'est quand même bizarre, se dit Circé, grand-mère si fière d'habitude et qui ne se plaignait jamais.


        
 

------------------------------------------ 2 -----------------------------------

Elle en était là de ses réflexions quand elle reçut un message sur son téléphone.
- Une de tes amies peut-être… ou alors un petit ami qui se languit de toi, s’enquit Mère Grand d’un air chafouin.

En fait, c’était un SMS de son ami Pierre qui s’inquiétait, l’avertissant qu’un vieux loup solitaire rôdait autour du village de sa grand-mère et qu'elle devait rester sur ses gardes.
Dominant son émotion, la jeune fille n’en laissa rien paraître, continuant à complimenter la vieille dame sur ses beaux atours et sa bonne mine.


Cette fois, c’en était trop. Dans son esprit, tout prenait sens, chaque indice s’insérait dans le message de Pierre comme chaque pièce d’un puzzle. Elle ravala sa peur, essayant de prendre une contenance qui ne trahisse pas ses émotions.

- Oh, excuse-moi grand-mère, accorde-moi quelques instants je te prie, ma copine Nathalie a un problème et il faut que je joigne tout de suite Pierre pour qu’il aille la voir.
Il n'y avait plus une seconde à perdre. Aussitôt, elle se connecta au site en ligne SAMI (Super AMazon Intersidéral) pour commander en urgence absolue une super baguette magique dotée de pouvoirs surnaturels, équipée d’un système de translation d’électrons avec simulateur onirique, qui lui serait livrée en temps réel. 

- Voilà grand-mère, j’ai envoyé mon message. Il ne reste plus qu’à attendre la réponse mais rassure-toi, elle ne va pas tarder.
- Ah ma chère petite, je me sens si vieille face à toutes ces nouveautés qui me dépassent.  Allez, viens vite à la maison, nous allons prendre froid à rester immobiles par ce temps.
Mais la jeune Circé était de plus en plus persuadée que le loup, par un maléfice démoniaque, avait pris le contrôle de sa grand-mère pour mieux parvenir à ses fins et dévorer tout cru la tendre enfant qu'elle était.

- Un peu de patience s'il te plaît Mère-Grand. Ce ne sera pas long. Tu sais, avec ma liaison ultra rapide, Il ne faut guère que quelques picosecondes pour transmettre les données ; et parfois encore moins. Ça ne devrait plus tarder.
Et effectivement, quelques instants plus tard, un vrombissement se fit entendre au-dessus de leur tête et un drone atterrit près des deux femmes.
- Oh, quelle merveille de technologie, on n’arrête pas le progrès, ne put s’empêcher de s’écrier la grand-mère, pleine d’admiration.

Pendant ce temps, Circé avait rapidement décroché le paquet de l’appareil et retiré la précieuse baguette magique de l’emballage.
La grand-mère, qui ne se doutait de rien, trouvait la situation cocasse et demanda à Circé comment elle comptait aider son amie Nathalie avec cet instrument qui scintillait et dont le bout effilé émettait une lumière vert fluo du plus bel effet.

- Tu vas voir grand-mère, répondit-elle en riant, et tu ne seras pas déçue !
Le regardant droit dans les yeux, elle déclama en gesticulant ces premiers vers d’un poème de Rimbaud, comme une formule magique :
Le loup criait sous les feuilles
En crachant les belles plumes
De son repas de volailles :
Comme lui je me consume.


Elle se mit ensuite à pousser des hurlements en brandissant sa baguette magique « hou, hou, hou… où est le vilain loup qui se cache, hou, hou, hou…  montre-toi sale bête » !
Immédiatement, le loup jaillit de la grand-mère, il en fut comme éjecté par une force irrésistible et resta tétanisé par la découverte de sa mystification.

Puis de la même façon, elle reprit ses mimiques, frappant le sol du pied en émettant de petits bêlements plaintifs « Bê, bê, bê… , oh, où suis-je donc,  Bê, bê, bê… » et, médusée elle-même par ce qui se produisit, le loup se transforma en mouton.
Un simple mouton, commun, pas même d'une race noble et tout étonné de se retrouver dans cette situation peu enviable. La face sombre du loup s'était effacée pour laisser place à ce petit animal inoffensif.

Mais sa joie fut de courte durée...

       ------------------------------------------ 3 -----------------------------------

- Oh mon dieu, que se passe-t-il ! s’écria Circé en serrant sa grand-mère contre elle. Elles n’en croyaient pas leurs yeux et la grand-mère murmura en se cachant dans la cape de sa petite-fille : « Ah, Voilà le cauchemar qui recommence. »

Au bout de quelques minutes, la magie avait disparu et le loup reprit vite son aspect de bête sauvage aux abois. La jeune fille avait trop présumé de ses pouvoirs qui s’étaient évaporés comme par enchantement. Elles tremblaient de tous leurs membres devant la vision infernale du loup ressuscité qui les menaçait.

Circé se reprochait de n’être qu’une débutante, de manquer d’expérience et de s’être laissée emporter par son émotivité. Dans le feu de l’action, elle avait oublié de répéter la formule magique des vers rimbaldiens, elle avait sous estimé les pouvoirs magiques de la poésie, sa faculté de rendre intelligible ce qui nous dépasse.

Elle eut beau brandir de nouveau sa baguette en tous sens, la magie fit vite long feu. Elle mélangeait les vers de Rimbaud, s’énervait sans parvenir à inverser le maléfice. Le loup, sûr de sa victoire, riait de toutes ses grandes dents en imaginant le succulent festin qu’il allait faire.

- Ah, ah, ah, lança-t-il avec un rire sardonique, ainsi vous voilà à ma merci. Oh, par tous les diables, j’en salive d’avance !
Puis, devenant soudain sérieux, il ajouta dans un aveu qui sonnait comme un remords :

- Vous savez, je ne suis pas foncièrement méchant, mais telle est ma nature…
- Pitié, pitié, supplia Mère Grand, prenez ma vie, j’ai bien assez vécu, mais je vous en prie, épargnez ma petite fille !
Dans le silence glacé de la forêt, on n’entendait que les pleurs de Circé et les gémissements désespérés de sa Mère Grand.


C’est alors qu’on perçut au loin un tapage étonnant, du bruit, de la musique, tout un équipage qui se rapprochait rapidement du grand arbre où elles s’étaient réfugiées. Un petit oiseau voleta au-dessus d’eux et repartit aussitôt avertir les autres.
Circé et sa grand-mère tremblaient de peur sous leur abri dérisoire, sûres de bientôt succomber sous les griffes du loup. Mais curieusement, il ne bougeait plus, figé au milieu du chemin, tendant au vent ses grandes oreilles et son long nez, incrédule, se demandant quelle était la cause de ce remue-ménage. On aurait dit que la forêt se réveillait de sa léthargie hiémale.

Dans cet aimable jeune homme qui accourait, Circé reconnut Pierre chaussé de ses bottes de sept lieues et d’un gilet jaune à bandes réfléchissant la couche d’ozone, entouré de ses amis les animaux venus en toute hâte les secourir. En fait, il avait invité tous ses amis les animaux pour préparer la crèche et fêter tous ensemble le beau mystère de Noël. Aussi l’avaient-ils suivi avec joie et empressement pour l’aider à sauver Circé et sa Mère Grand. 

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Pierre
et tous ses petits amis de la basse cour exécutèrent une ronde infernale, lançant au loup furieux et apeuré qui poussait des hurlements terribles de bête blessée, des formules incantatoires en rétrécissant peu à peu le cercle autour de lui.

Ils dansèrent ainsi plusieurs minutes qui parurent aux deux femmes une éternité.  Les merles jouaient en cadence de la flûte traversière, le canard du hautbois, le chat de la clarinette et le gros pataud de chien tournait en cadence autour du loup en soufflant dans son basson. Les cors puissants et sonores des ânes semblaient annoncer l’hallali dans une profusion de sons et de lumières.

Le loup, si fier d’habitude, si orgueilleux, pleurait maintenant, poussant de petits cris plaintifs, se repentant par avance de ses mauvais penchants. Circé et Pierre avaient plutôt pitié de ce pauvre hère si faible et si honteux.

Circé hors d’elle, sans bien comprendre encore ce qui arrivait,  se jeta dans les bras de Pierre en sanglotant. Puis ils suivirent en cadence la farandole des animaux en tapant dans leurs mains. Devant ce spectacle édifiant, elle se demanda si dans chaque loup ne sommeillait pas en son sein le plus secret la douce présence d’un agneau.

Pierre se saisit alors de la baguette magique qui lançait des flashs lumineux en direction du loup, récitant d’un trait le quatrain de Rimbaud…  puis prononça avec une moue de dédain qui mortifia l’animal : « Le loup n’a plus les dents longues, non vraiment, il n’a plus du tout les dents longues ! »

Au moment où les douze coups de minuit sonnèrent au clocher du village pour appeler à la messe de Noël, des éclairs multicolores fusèrent dans le ciel comme un feu d’artifice annonçant la naissance du divin enfant et l’on crut distinguer dans un halo de nébuleuses le traîneau du Père Noël surfant sur les nuages, mu par une queue de comète incandescente.

C’est alors que le miracle se produisit : le loup fut comme électrisé, les membres raidis par un flux irradiant qui pénétra son corps, un nuage électrolyte le dissimula quelques instants à leur vue, et à la stupeur générale, apparut alors un loup transfiguré, montrant le meilleur de lui-même, soudain métamorphosé en Père Noël !

Ainsi s’opéra ce nouveau miracle de Noël, le "loup-Père Noël" s’en fut par tout le village, le sourire aux lèvres, l’air affable et avenant,  porter des douceurs et des jouets à tous les enfants, entouré de Circé, de Pierre et de tout l’orchestre des animaux qui l’accompagnait en jouant et en batifolant.
Comme quoi disait Alfred de Musset« il ne faut jurer de rien » !   

          

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