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vendredi 3 avril 2020

La pastorale Je me balade

La pastorale ou bucolique est une genre poétique très ancien qui a été surtout en vogue pendant l'antiquité et au XVIe siècle, se référant à la vie à la campagne et les travaux agricole, privilégiant souvent la célébration d'une existence rythmée par le déroulement des saisons.

Elle peut être teintée de réalisme montrant aussi bien la douceur que les difficultés de cette existence ou reposer sur une vue plus idéelle voire fantasmée de cette vie près de la nature et des images qu'elle suscite.

C'est le poète grec Théocrite qui, au IIIè sièce av. J.C. a initié ce genre mais c'est le poète latin Virgile qui vécut à l'époque de l'empereur Auguste qui l'a porté à son apogée avec son recueil intitulé "Les Bucoliques".  

         
Joseph Vernet La bergères des Alpes
François Boucher, La pastorale d'été


En France, au XVIe siècle, on parle plutôt d’églogues  qu’on trouve en particulier chez Ronsard ou Desportes et chez le poète pastoral Vauquelin de La Fresnaye, le spécialiste du genre.  Par la suite, on peut citer parmi les œuvres les plus intéressantes les Églogues de Fontenelle datant de 1688. Le genre a aussi intégré le roman, surtout le roman précieux avec l’Astrée d’Honoré d’Urfé  et le roman pastoral au XXe siècle dont les œuvres les plus connues de George Sand comme La Mare au diable ou La Petite fadette.

    
Pierre Ronsard                           Virgile                     Honoré d'Urfé


Je me balade

Comme chaque jour, sur la place du village
Aux maisons si vieilles qu'elles n'ont plus d’âge
Quand il y a encore très peu de personnes,
Et que dans l’église aucune cloche ne sonne,
Au loin coule la rivière,
Je me balade, solitaire.

Ici, ce n’est jamais vraiment la grande foule,
Je me berce du clapotis de l’eau qui coule
En croisant les quelques clients qui "vont au pain",
Se saluent de loin ou se serrent la main
Moi, je me balade, serein.
Comme très souvent le matin.

Ici, tout le monde se connaît bien sûr,
Une atmosphère de permanence où tout dure,
On échange, on papote de tout et de rien,
C’est vraiment un entre-soi où l’on se sent bien.
Je me balade encore un peu,
Je me sens si bien parmi eux.

De temps en temps passe sur la place un tracteur
en toussotant, ou la voiture du facteur,
Dans cette ambiance familière aux airs d’antan,
Je me laisse glisser dans l’épaisseur du temps,
Je me sens alors à leur rythme
Dans une relation intime.


Aux beaux jours, commence la ronde des touristes,
Foule bigarrée de familles et de cyclistes
Qui montent vers le chemin Mémoire de pierre
En s’engageant dans la rue de la carrière.
Et moi, vers la fin de journée,
Je vais aussi m’y balader.

Dans l’âme, il y a la couleur du temps,  
Et dans le cœur sourd  la couleur du sang,
C’est le clin d’œil d’un coucher de soleil
Qui, l'été venu, resplendit et m’émerveille.
Comment s’en lasser : c’est si beau…
Encore plus beau qu’un tableau !

            

Voir aussi

* Hésiode, Les travaux et les jours et Virgile, "Les bucoliques" (églogues) --
* Théocrite (vers 310-250 av. J.C.) et Alain Blanchard, "Idylles bucoliques", éditions L'Harmattan, 2010 --
* Marguerite Yourcenar, La couronne et la lyre, poèmes traduits du grec, 1984 --

* Voir aussi d'autres exemples dans la Rubrique Poétique --
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<< Christian Broussas • Pastorale © CJB  ° • 02/04/ 2020  >>

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Le Poème nostalgique

Souvenirs et nostalgie

Le temps des blouses grises

     
Les blouses grises                         Le règlement 


C’était le temps des cartables et des blouses grises, 
Les coquetteries n’étaient pas vraiment de mise,
On était tous vêtus de la même façon
Dans la classe ou dans la cour de récréation.

Personne alors ne recherchait l’égalité,
Ne pensait à se démarquer, à comparer,
Parler de parité eût été déplacé,
Du moins c’était comme ça jusqu’au lycée.

C’était le temps de l’estrade et des encriers,
L’instit venait en avance pour les remplir,
Les cahiers s’ornaient de pleins et de déliés,
On attendait que sonne l’heure pour partir.

Sur l’ordre du maître, on sortait nos cahiers,
Des taches noires quelquefois les maculaient
Quand la plume sergent major accrochait
Légèrement la surface du papier.


Attentifs à la leçon, on croisait nos bras,
Aidant parfois ceux qui étaient dans l’embarras,
La craie blanche crissait sur le tableau noir,
On prenait des notes pour faire nos devoirs.


         
Encrier et buvard                   Le jeu de billes 

C’était alors l’époque des "trente glorieuses",
Comme certains la qualifièrent plus tard,
Des années faites paraît-il pour des veinards,

En fait ni très heureuses ni très malheureuses,

Époque incertaine faite aussi d’insouciance
Mais alors, nous n’en avions guère conscience
Tant la vie avait repris un cours plus normal
Après les souffrances dues au conflit mondial.   

Si l'on avait dit à cette génération
Qu’elle avait alors vécu des années bénies,
Où tout était facile et offert à foison,
Sûrement qu’elle en eût été fort ébahie !

         
Tableau noir et blouses grises            La "Marie-rose"

<< Ch. Broussas - Les blouses grises - 12/2018 © cjb © • >>
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Sonnet pour des souvenirs

Comment ne pas évoquer le passé
Comme autant de si merveilleux moments,
En petits bonheurs grappillés au temps,
Au détour de quelques instantanés.

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Comment aujourd’hui ne pas convoquer
Quelques images de nos souvenirs
qui affleurent et qu’on peut ainsi cueillir
Lorsque l'on aime et que l'on est aimé.

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Ô quel cœur pur, ô quelle âme bien née,
Il me souvient de ces yeux étonnés,
Quelques perles de joie, sel de ma vie.
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Ce jour si particulier a scellé
Ainsi, pour la vie, nos deux destinées
Car ma foi, tu seras toujours ma mie.

Voir aussi
D'autres exemples dans la Rubrique Poétique --
* Les genres poétiques --

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< Ch. Broussas • © CJB  ° • 10/06/ 2019  >

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Belle muse, précieuse lyre

      
Calliope muse de l'élégie


 Dans le style élégiaque

Quatre strophes en vers décasyllabes et en rimes simples. Deux strophes de six vers (ou sizain) et deux strophes de cinq vers (ou quintil), le dernier vers du quintil rimant avec le dernier vers du sizain.


Oh tu devrais me chanter belle muse
Que, quels qu’ils soient, tous les sentiments s’usent,
Qu’un jour ou l’autre, ils deviennent inutiles,
Ombres rases qui errent dans la ville,
Pour m’aider, me remonter le moral,
Me proposer un nouvel idéal.

Voilà bien ce qu'il eût fallu me dire
Très simplement, me dire et me redire
Sans fracas et sans ostentation,
Quand je suis submergé par l'émotion
Et que je me sens parfois vraiment mal.

Et toi mon trésor, ma précieuse lyre,
Entraîne-moi vite dans tes délires,
Engloutit mes tourments dans les arpèges
Des musiciens réunis en cortège,
De tes douces litanies, berce-moi,
Fais-moi ainsi partager tes émois.

Oh, voilà bien ce qu'il eût fallu faire,
Pour me transporter et me faire taire,
Jouer ces airs dont tu as le secret,
Tout ce mystère dont tu te revêts
Pour enfin retrouver un peu de joie.
 
* Voir aussi ma Rubrique Poétique --
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<< Ch. Broussas, Muse et lyre 30/03/2020 © • cjb • © >>
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L'Élégie Oh lyre ma muse

Élégie vient du grec elegeia qui signifie « chant de deuil », et d’un point de vue de la forme, il s’agissait dans l'Antiquité, d’un poème composé de deux vers (distiques) qui alterne des vers de six pieds (hexamètres) et des vers de 5 pieds (pentamètres). Ces strophes distiques dites élégiaques ont connu beaucoup de succès dans l'Antiquité avec des poètes comme Catulle, Tibulle, Properce ou Ovide.

Par la suite, la forme s’effaça au profit de son contenu, marqué par la complainte, la mélancolie. D'une certaine façon, on revient à l’objectif d’origine, à la signification profonde du « chant de deuil », sachant que dans l'Antiquité, la métrique était assez différente des pratiques postérieures. Se référer maintenant au pentamètre et au hexamètre est donc pour le moins une approximation. [1]

               
L’élégie selon Chagall

L'élégie, comme tout poème lyrique, a un fondement religieux. Poème à règles fixes dans l'antiquité, elle est utilisée à partir de la Renaissance pour exprimer plaintes et regrets à travers une complainte qui exalte des sentiments romantiques.
Les sujets sont plutôt orientés vers la morale, la guerre ou l’amour car ce qui importe d’abord, c’est  le message à transmettre et de plus en plus la sublimation du sentiment amoureux. On trouve cette évolution dès le IIIe siècle avant J.C. avec Callimaque ou Philétas.

La Renaissance marque l’évolution qu’on a connue par la suite, sans changement notable. Il s’agit d’exprimer des sentiments intimes comme parfois la joie mais surtout la peine, la douleur, l’exil, l’angoisse sur un ton tendre et mélancolique, voire pathétique avec une forte subjectivité orientée vers le sujet, l’égo. La forme basée sur une recherche de rythme, de sonorité, d’images sert à exalter la profondeur des sentiments.

L’élégie devient ainsi un poème lyrique, mélancolique et méditatif qu’on trouve chez beaucoup de grands poèmes tels que Pierre Ronsard (1565), Goethe (1790), André Chénier (1819) ou Rainer-Maria Rilke (1912-1915). On peut y ajouter des œuvres de même facture, même si elles portent d’autres noms, comme Les Méditations poétiques de Lamartine (1820) ou Les Nuits de Musset (1835-1841).


Voilà un exemple d’élégie antique, ou plutôt une transcription actuelle, composée de quatre distiques alternant hexamètres et pentamètres : Voilà un exemple d’élégie antique, ou plutôt une transcription actuelle, composée de quatre distiques alternant pour chacun d'eux vers de 6 et 5 pieds par référence aux hexamètres et pentamètres :

Oh, lyre de ma Muse,
Tes airs légers fusent,

Tes sons si mélodieux
Atteignent les cieux.

Quand tes notes s’égrènent,
S’envolent mes peines.

Oh ma superbe lyre…
Et c’est si peu dire !

Et un autre exemple d’élégie moderne écrite en décasyllabes, où le contenu l'emporte désormais sur les conventions stylistiques :

Oh, venez à moi lyre et belle muse,
Jouez et chantez, qu’un peu on s’amuse,

Que l’on tournoie jusqu’au bout de la nuit
Et pour qu’enfin tous mes tourments me fuient.
Consolez-moi de rythmes, de musiques
Aux accents, aux sonorités magiques.


Il faut bien que le malheur succombe
Et qu’alors, si on perd pied, si on tombe,
On finisse un jour par se relever,
Même si les défis sont élevés,
Même si on sait fort bien que tout s’use,
Venez vite à moi lyre et belle muse.

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Notes et références
[1]
Pour une approche plus technique de la poétique antique, voir l'article

Le distique élégiaque --
Voir aussi
* L'églogue ou la bucolique --  Les genres poétiques --

* Voir aussi d'autres exemples dans la Rubrique Poétique --
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<< Christian Broussas, L'élégie 30/03/2020 © • cjb • © >>
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Triolet et rondel

Un triolet est un poème à forme fixe composé de huit vers sur deux rimes et dans lequel les premier, quatrième et septième vers, ainsi que les deuxième et huitième vers, sont identiques.
Le mètre d'un triolet est généralement octosyllabique (huit vers). Il est composé de deux quatrains (ensemble de 4 vers) qui peuvent aussi être d'un seul tenant, formant alors un huitain qu'on appelle un triolet continu.

Le triolet, qu'on appela aussi un rondel simple, est d'origine française et fait son apparition au XIIIème siècle. Généralement d'un ton assez léger, il convient plutôt aux genres satirique ou gracieux. Voilà un petit exemple du triolet, genre bien délaissé aujourd'hui, même s'il a connu un certain renouveau au XIXème siècle (voir le poème À Philis de Théodore de Banville, tiré du recueil Les Cariatides, 1842) :

Gente dame, auriez-vous des ailes
Comme un ange pour me fuir ainsi ?
Je vous cherche encore aujourd’hui
Gente dame, auriez-vous des ailes ?

Je suis tombé dans votre piège
Figé en votre sortilège.
Gente dame, auriez-vous des ailes
Comme un ange pour me fuir ainsi ?

            
Rondel d'Isidore de Lara       Marguerite de Navarre


Un rondel est un poème à forme fixe, construit sur deux rimes et comportant un refrain, comme le rondeau et le triolet. Le plus souvent, il est composé de treize vers octosyllabiques répartis en trois strophes qui se décomposent en deux fois quatre vers et une dernière strophe de cinq vers.

Le refrain du rondel est formé des deux premiers vers, repris à la fin de la deuxième strophe, puis de son premier vers, repris à la fin de la troisième.
Sa structure a cependant varié au cours du temps : le refrain final reprend parfois les deux premiers vers ; les strophes comptent parfois un vers de plus ou de moins. On trouve aussi des rondels écrits en décasyllabes ( voir par exemple Les amours jaunes de Tristan Corbière, 1873) et des rondels doubles formés de quatre quatrains.


Le rondel, dont l'origine est aussi française, était un genre très prisé aux XIVe et XVIe siècle avant d'être repris par quelques poètes, en particulier en France vers la fin du XIXe siècle. La référence en la matière est un rondel du poète Charles d'Orléans intitulé Le Printemps.

Voilà un autre exemple, fort moderne ma foi :
J’ai reçu un tel coup de froid,
Un coup direct et en plein cœur
Qui m’a si fort blessé alors,
Me laissant sans force et sans voix.

 
Pourtant, en toi j’avais foi,
Je t’aimais encore et encore,
J’ai reçu un tel coup de froid,
Un coup direct et en plein cœur.

Je ne sais pas du tout pourquoi
Tu es partie si loin ma rose

Et sans que j’en susse la cause.
J’avais toute confiance en toi,

J’ai reçu un tel coup de froid !


   Rondel monogramme
* Voir aussi d'autres exemples dans la Rubrique Poétique --
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<< Ch. Broussas, Triolet-Rondel 29/03/2020 © • cjb • © >>
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vendredi 2 février 2018

La villanelle Mon bel ami

Les vents, chantait Brassens dans La Supplique, « verseront les échos de villanelle un jour, un jour de fandango... » C’est ainsi que j’ai découvert ce mot et sa définition : "Poème de forme fixe (qui nous intéresse ici) et chanson ou danse qu'elle accompagnait."



Cette forme poétique fut surtout utilisée au XVIe siècle par Honoré d’Urfé, Jean Passerat ou Du Bellay, pour exprimer des rêveries amoureuses. Certains vers étant répétés en guise de refrain, la villanelle apparaît comme la forme ancienne de la chanson.

Elle est basée sur des tercets en nombre impair et un quatrain final. À travers une métrique en heptasyllabes, elle est écrite sur deux rimes avec rimes féminines dominantes pour apporter plus de fluidité au poème. La rime masculine se situe au deuxième vers de chaque tercet et du quatrain final.

Le premier et le troisième vers du premier tercet sont repris chacun à tour de rôle à la fin des autres tercets puis ensemble à la fin du quatrain final. Ce dernier se compose d’un vers féminin et d’un vers masculin suivis des premier et troisième vers du premier tercet. L’ensemble donne la combinaison suivante : a1 b a2 + a b a1 + a b a2 + a b a1 a2.
L’archétype de la villanelle est La Tourterelle envolée, de Passerat.

                   
                                                    
                                                Mon bel ami
                                        Que la vie est donc cruelle,
                                       Scellant ainsi nos destins,
                                      Qui m’a pris l’ami fidèle


                                   Avec ses pauvres mortels,
                                 Lorsque tout espoir est vain,       
                               Que la vie est donc cruelle


                               Oh oui, c’est bien le ciel, 
                                Par un sinistre matin,
                                 Qui m’a pris l’ami fidèle.

 
                                  Où es-tu parti mon bel
                                   Ami. Oh, que de chagrin,
                                   Que la vie est donc cruelle,
                                    Qui m’a pris l’ami fidèle.
 


Voir aussi
* Formes fixes et Versification --

           
                          Villanelle et musique : partition de Paul Dukas

      << Christian Broussas - Villenelle - 30/01/2018 • © cjb ©  >>

Le sonnet Pouvoir des yeux

   

Quand on évoque le sonnet, on ne pense pas forcément à de célèbres poèmes comme Le dormeur du val d'Arthur Rimbaud, Mon rêve familier de Paul Verlaine ou À  une passante des Fleurs du mal de Baudelaire, qui respectent la forme classique du sonnet telle qu'elle a été définie à l'époque médiévale.

Le grand initiateur du sonnet est Pétrarque qui en composa 317 pour honorer la belle Laure. En France, c'est Clément Marot qui lance le sonnet vers 1540 puis Du Belley avec le recueil L'olive en 1550 et Les regrets (Heureux qui comme Ulysse...) en 1558 et Ronsard avec Sonnets pour Hélène en 1578 (Quand vous serez bien vieille). Après une période de déclin, ce sont les romantiques avec Gautier et Nerval qui le remettent au goût du jour puis les symbolistes.

Le sonnet classique comprend quatorze vers, à l’origine du décasyllabe et de l’alexandrin. Ces vers sont répartis en trois strophes, deux quatrains suivis d’un sizain, qu’on sépare souvent en deux tercets réunis de toute façon en un sizain pour constituer un système de rimes clos

Ce système est codifié ainsi : deux quatrains aux rimes embrassées, le sizain avec un distique ( 2 vers en rimes simples), en rimes croisées ou simples, donc selon la combinaison abba abba ccdede ou abba abba ccdeed.

               
        Joachim du Belley          Pétrarque et Laure              François Villon

                                                    
                                                 Pouvoir des yeux
                                 Est-ce bien ce qu’on nomme coup de foudre
                                Qui me prit soudain quand je vis ses yeux,
                               L’impression flash d’être déjà deux,
                              Qui fuse comme une traînée de poudre.

                             Ces regards qui se croisent et s’entrecroisent
                             Dans un petit chassé croisé furtif,
                            Qui se détournent d’un mouvement vif   
                            Se parent d'une apparence courtoise.

                           Simplement, comme ça, de toi à moi
                           Ce fut dans tout mon être un grand émoi,
                           L’expression d’une seconde infinie,
          
                            Des images gravées dans la mémoire,
                             Inscrites à jamais dans notre histoire
                             Quand un jour banal, bascula ma vie.


                        

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Christian Broussas - Sonnet - 30/01/2018 • © cjb ©  >>

L'ode lyrique Ciel et terre

            
                                                      Odes de Ronsard et de Pindare
On appelle souvent un poème en strophes d'inspiration lyrique une ode. Elle peut être à tonalité lyrique chez Anacréon [1] et à tonalité héroïque chez Pindare. [2]

Nom venu du grec, au sens étymologique, chant ou poème lyrique accompagné à la lyre par l'aède ou  le chantre, ce type de poème a été repris à La Renaissance par les membres de La Pléiade, en particulier Ronsard. Ce genre proche des stances possédait une forme fixe dans sa forme classique.



L'Ode abordait des sujets solennels et sacrés, car elle mettait en scène des dieux et des héros. Elle pouvait posséder une forme fixe lorsqu'elle était composée d'une strophe, d'une anti-strophe et d'une épode (espèce de conclusion), série qui se renouvelait plusieurs fois. On distinguait, selon les thèmes abordés, l'Ode héroïque, à la louange des Grands (au style oratoire, volontiers mythologique), l'Ode légère, chantant l'amour, les plaisirs de la vie, l'Ode religieuse, l'Ode descriptive ou exprimant des sentiments personnels.
Exemple de Ronsard :

                
                                                     
                                                            Ciel et terre
                                                       Écoutez le ciel gronder,
                                                      Les éléments se déchaîner
                                                     Soudain et zébrer l’horizon,
                                                    En embrasant le pauvre monde  
                                                    Dans une formidable ronde
                                                    Qui n’annonce rien de bon.

                                                   Sans raisons, le ciel s’éclaircit,
                                                   Les nuages noirs sont partis.
                                                   Les passereaux sont revenus
                                                   S’ébrouer au pâle soleil,
                                                   En pépiant dès leur éveil,
                                                   Se percher sur les branches nues.


                                                  Ainsi oscillent nos humeurs   
                                                   Soumises aux aléas du cœur,
                                                    Passant souvent du rose au noir
                                                     Soufflant le mauvais et le bon
                                                      Pour mieux nous servir de leçon,
                                                       Mêlant alors peines et espoirs.
 

                                                   

Notes et références
[1] Anacréon, Sur ma lyre :
« Je veux chanter les Atrides, je veux aussi chanter Cadmus ; mais les cordes de ma lyre ne résonnent que pour l'amour. Je les ai d'abord changées, puis j'ai fait choix d'une autre lyre, et je célébrai les luttes d'Hercule ; mais ma lyre me répondait par un chant d'amour. Adieu donc, héros ! Adieu pour jamais ! Ma lyre ne peut chanter que les amours. »
[2] Pindare, citation :« Qui veut triompher d'un obstacle doit s'armer de la force du lion et de la prudence du serpent. »


<< Christian Broussas - Ode - 26/01/2018 • © cjb ©  >>

Le lai lyrique Sur l'amitié

Le lai est un poème à forme fixe apparu au XIIe siècle qui au Moyen Âge était employé au sens de « chant, » un récit chanté ou "mélodie", décliné en lai narratif, l’ancêtre du fabliau, et le lai lyrique, celui qui nous intéresse ici.

     Tristan et Iseut

Le lai lyrique connut son apogée au XIVe siècle avec par exemple le Lai de la dame du Fael ou les lais de Marie de France. Dans sa forme classique, comme dans l’exemple ci-dessous, il est basé sur le nombre HUIT, composé de deux HUITAINS (la strophe) divisés eux-mêmes le plus souvent en deux quatrains (les stances)  avec des vers octosyllabiques.

Il peut aussi se présenter avec un refrain. Pratiqué par les troubadours, il connaît un grand engouement avec des poètes comme Eustache Deschamps, Jean Froissard et surtout Guillaume de Machaut qui lui donne ses règles fixes. Chaque quatrain est à rimes embrassées (le 1er vers rime avec le dernier dans un quatrain), de métrique en octosyllabes ou parfois formé de sept et quatre syllabes.
À partir du XVe siècle, le lai a peu à peu été confondu avec le virelai et n’est ensuite plus guère utilisé.

          
                                Sur l’amitié
                    Oh, quelle est donc cette amitié
                    Qui à ce point nous réunit
                    Depuis si longtemps, nous lie ainsi
                    Et tisse un lien si familier !

           Oh mon frère, mon tendre ami
           Qui me confie tes doux secrets,
            À qui onc je ne manquerais,
           Bénis le sort qui nous unit.

                  Quoi qu’on fasse ou qu’il nous arrive,
                  Jamais tu ne pourras douter
                  De ma grande fidélité,
                  D’une affection aussi vive.

          Entre nous, je te le redis,
          C’est comme une osmose qui règne,
          C’est vraiment tout comme Montaigne  
          Et son très cher La Boétie.


<< Christian Broussas - Lai - 25/01/2018 • © cjb © >>