dimanche 28 janvier 2018

La ballade, Ballade exotique

    Guillaume de Machaut, le grand précurseur

Le mot Ballade désigne, au sens classique, un poème médiéval à forme fixe composé de trois couplets et d'un quatrain ou demi-strophe (appelée envoi), chacun des couplets se terminant par un vers refrain, reliquat de la forme chantée des origines. Les strophes ont le plus souvent huit ou dix vers développant des thèmes fort variés. On en trouve Les exemples les plus importants se trouvent chez Guillaume de Machaut et Eustache Deschamps (fin XIVe siècle), Christine de Pisan et François Villon (début et milieu du XVe siècle) puis au XVIe  Clément Marot mais la Pléiade va plutôt privilégier l’ode et le sonnet.

              
         Brassens chante Villon


Au Moyen Âge, la ballade associe un texte à forme fixe et une musique spécifique. Par exemple, Guillaume de Machaut (1300-1377) dont il existe une partition musicale pour 42 ballades sur les quelque 235 qu’il a écrites. Elle évoluera vers des formes diversifiées au contenu romantique puis vers la chanson au rythme lent et mélodieux.

La structure de la ballade classique est basée sur trois huitains suivie par deux vers dont le dernier reprend le premier vers de la ballade. Elle est complétée par un refrain nommé envoi qui se présente sous forme d’un quatrain.
Soit au total 34 vers.

Les rimes sont de type ab ab ba ba ca et ac ac pour l’envoi, soit trois rimes différentes, avec un vers qui revient à la fin de chacune des quatre strophes. Autrement dit, les rimes soit, pour chaque huitain, deux rimes croisées, une simple, l’autre inversée.

        
  François Villon                              Iconographie médiévale

Comme un exemple vaut mieux que toute théorie, en voilà un de mon cru qui reprend la plupart de ces principes :

                                                     Ballade exotique

                                          Oh oui, j’ai pas mal bourlingué 
                                          Sur les continents, en Afrique,
                                          Égaré dans le Ténéré
                                          Et même jusqu’en Amérique, 
                                          Là où il y a plein de fric,
                                          Où je suis très vite passé,
                                          Béat devant des sites uniques
                                          Que par-dessus tout j’ai aimés.
                                          Tout au long de ma pauvre vie 
                                          Oh oui, j’ai pas mal bourlingué !

                                          Oh, que j’ai pu en côtoyer
                                          Des gens plus ou moins sympathiques,  
                                          Des jeunes, des vieux, des paumés,
                                          Des rigolos vraiment uniques,
                                          Et même des types très chiques
                                          Qui vous offrent leur amitié
                                          Sans jamais un brin de critique.
                                          Et j’allais hiver comme été
                                          Tout seul ou avec des amis
                                          Oh oui, j’ai pas mal bourlingué !

                                          J’en ai traversé des contrées,
                                          Sillonnant le golfe persique 
                                          Dans tous les pays pétroliers
                                          Jusqu’au désert arabique,
                                          J’ai vu des filles magnifiques
                                          Au corps si joliment sculpté, 
                                          Dans des pays asiatiques
                                          Aux douces lumières diaprées
                                          Qui ont un goût de paradis.
                                          Oh oui, j’ai pas mal bourlingué !

                                          Du Belley, après l’Italie
                                          Revint dans son petit Liré
                                          Sans éprouver de nostalgie...
                                          Oh oui, j’ai pas mal bourlingué !

<< • Christian Broussas - Ballade - 27/01/2018 • © cjb ©  • >>

vendredi 5 janvier 2018

Le rondeau, Un moment d'exception

Les subtilités des formes poétiques classiques : Le rondeau

          


Le rondeau est un poème médiéval à forme fixe composé de  trois strophes isométriques (même structure, même longueur) construites sur deux rimes, souvent avec des répétitions et se fermant sur lui-même (en rond), à l'origine du nom. Sur le fond, lié à l'origine à la musique, le rondeau est souvent léger et badin. C'est une forme souple et enlevée basé sur l’octosyllabe (vers à 8 pieds) ou le décasyllabe (vers à 10 pieds) utilisant le tercet (strophe de 3 vers), le quatrain (strophe de 4 vers) ou le quintil (strophe de 5 vers). Apparu dès le XIIIe siècle et modifié aux XVe et XVIe siècles, il est ensuite délaissé par les poètes, même si on en trouve des traces jusqu’au XIXe siècle.
Vous suivez toujours ?

Le rondeau classique est "à quatrains" de 13 vers regroupés soit en en deux quatrains suivis d'un quintil, soit deux quintils qui entourent un tercet.
Le plus souvent, les rimes des différentes strophes sont soit des rimes embrassées, soit des rimes croisées, les deux dernières strophes reprenant  les termes du premier vers, agissant ainsi comme une espèce de refrain. 

Avez-vous bien suivi ?
Comme je vous aime bien, je vous ai concocté un petit exemple de rondeau classique, intitulé
Un moment d’exception :

Elle sommeillait si lascivement  
Offerte ainsi à une douce brise,  
Sur le sofa, reposant très simplement,
Les yeux clos, la taille fort bien prise
Dans les dentelles de son vêtement.

 
          J’osai un simple geste, doucement,
          Intimidé par sa superbe mise,
          Ravi par un minois aussi charmant.
          Elle sommeillait… quel beau moment…

Faire du bruit n’eût pas été de mise.
Je détournais le regard prestement
Avant que ses attraits ne me grisent,
Caressant de mon regard avenant
Le velours de lèvres couleur cerise.  
Elle sommeillait… quel beau moment…
 

<< • Christian Broussas - Rondeau - 4/01/2018 • © cjb © • >>

Passent les mondes

Sur une phrase de leibniz...
 
    

        C’est un curieux contraste entre tout et rien,
        Un mystérieux mélange de va et vient,
        Des entre-mondes pris dans les interstices
        Écartelés entre réel et factice,
        Quand notre  monde nous renvoie un écho  
        À peine déformé de nos propres maux,
        Tout se brouille entre l’infiniment petit
        Et le sombre vertige de l’infini.

        Oh, malgré les bonnes paroles des apôtres,
        « Les mondes passent, en vérité, l'un après l'autre,
         Leur succession ne signifie peut-être rien.
 »

         Toutes les joies et les peines, ça va ça vient
         Il faut s’y faire, c’est ainsi que vont les choses,
         C’est selon, virant au noir et parfois au rose,
         Sans pour autant vraiment éclairer l’horizon
         Et desserrer les grilles de notre prison.

         Qu’est-ce que les sentiments si les mondes passent,
         Condamnés, arasés par le temps, que tout lasse,
         Qu’est donc cette réalité qui fuit le temps,
         S’effiloche en se délitant aux quatre vents,
         Qui n’est déjà plus à la seconde suivante
         Reléguée au loin par les ans, déjà absente,
         Même si alternent ici bas joies et peines
         Sans grand souci de ce qu’ensuite il advienne,
         Que le silence des cieux nient l’humanité,
         Même si nos vies ne sont rien que vanités,
         Même s’il ne reste rien de nos passions,
         Eux aussi ne sont qu’éphémères illusions.

         Qu’avons-nous d’autre qui puisse nous satisfaire,  
         Qu’en appeler au ciel par de belles prières,
         Égarés dans les arcanes de cette terre
         Si sereine qui nous est parfois étrangère ?
         Nous pouvons lancer aux chiens nos vanités comme
         Le hasard farceur joue aux dés avec les hommes,
         Comme s’il fallait jeter nos imprécations
         Inutiles au grand vent de nos déraisons,
         Le destin de l’homme et son âme vagabonde

         Ne se confond-il pas avec le sort du monde ?

        
<< • Christian Broussas - Leibniz - 3/01/2018 • © cjb © • >>

La complainte du légume

     
      
              << • Christian Broussas - Légumes - 30/12/2017 • © cjb © • >>

Le premier poème français

Sainte Eulalie 

      
Sainte Eulalie          Le martyr de Ste Eulalie           


Eulalie de Mérida est une martyre espagnole du IIIe siècle. Très populaire dans son pays mais aussi en France, elle est connue par la Cantilène de Sainte Eulalie ou chant profane dédié à Sainte-Eulalie.

  Retable de Sainte Eulalie

Ce poème a été composé à l'abbaye de Saint-Amand, près de Valenciennes, peu après 878, date de la découverte des reliques de la sainte. C'est l'un des plus anciens documents en langue d'oïl mais il porte déjà la marque de notre langue actuelle.
On le considère souvent comme le premier poème écrit en "langue vulgaire", mélange de mots latins et vernaculaires, bien avant l’ordonnance de Villers-Coterêts qui a imposé l’exclusivité du français dans les documents relatifs à la vie publique.

     Ste Eulalie par Waterhouse, 1885 (détail)
 
La Cantilène de Sainte Eulalie (IXème siècle)

Version originale Adaptation en français moderne
Buona pulcella fut Eulalia
Bel avret corps, bellezour anima.
Voldrent la veintre li Deo inimis,
Voldrent la faire diavle servir.
Il non eskoltet les mal conseillers,
In figure de colomb volat a ciel.
Tuit oram que por nos degnet preier
Qued avrisset de nos Christus mercit,
Post la mort, et a lui nos laist venir.
Par souve clementia.
Bonne pucelle fut Eulalie
Bel avait le corps, plus belle l'âme.
Voulurent la vaincre les ennemis de Dieu,
Voulurent la faire diable servir.
Elle n'écoute les mauvais conseillers,
Sous forme de colombe vola au ciel.
Tous prions que pour nous daigne prier
Que de nous Christ ait merci,
Après la mort, et à lui nous laisse venir.
Par sa clémence.


 Sainte Eulalie de Mérida est une vierge martyre morte en 304, célébrée dans un hymne de Prudence ( Peristephanon 3) et dans la célèbre Séquence de sainte Eulalie, premier texte littéraire en français.

Elle aurait dit après son jugement, au juge (dans plusieurs légendes hagiographiques, il s'agit du proconsul Dacien) :
Isis Apollo Venus nihil est,
Maximianus et ipse nihil:
illa nihil, quia factu manu;
hic, manuum quia facta colit

En français, ces quatre vers peuvent être traduits par : « Isis, Apollo et Venus ne sont rien, pas plus que Maximilien : ils ne sont rien car ils ont été forgés par la violence ; ici, des mains que le crime honore ».

<< • Christian Broussas –Ste Eulalie - 18/12/2017 • © cjb © • >>

vendredi 22 décembre 2017

Tenir la cadence

 
Il va falloir tenir la cadence,
Le rythme pour entrer dans la danse,  
À toute vitesse, tâche immense
Pour savoir imposer sa présence,
Aucun temps mort, aucune vacances,
Pas de distance, on prend de l’avance.

Pas de temps perdu pour les tourments
Même si tu en prends plein les dents,
Un coup de rein, un coup de rameur,
Ça fait mal, c’est pas pour les frimeurs,
Ça fouette et met du cœur au ventre,
Faut s’ébrouer, sortir de son antre,
Va falloir la tenir la cadence,
Et tout ça, c’est pas gagné d’avance.

Bonne façon pour garder la forme,
Pour plaire et pour rester dans la norme,
Bien protégé, planqué dans le rang
Pas vraiment besoin d’avoir du cran.
Regarde bien droit devant toi,
Bien en face pour avoir la foi,
Voilà c’est pas si mal, t’es présent,
Et bien placé dans le sens du vent.

Vas-y, vas-y, tiens bien la cadence,
Entre avec les autres dans la danse,
Et ferme les yeux pour le moment,
Il n’y en a plus pour très longtemps,
Ce n’est qu’une question de souffle,
Courbe l’échine, reste bien souple,
À force, on se coule dans l’ moule,
Super cool, bien caché dans la foule,
Tu verras, ce n’est guère qu’un rite,
Une habitude et on s’y fait vite.

Venez, les petits gars du monde
Venez, entrez tous dans la ronde,
Allez, prenez-vous par la main,
Le bonheur est bien pour demain,
Il est fait de tout petits riens.
N’en déplaise aux esprits chagrins,
Y’a pas d’mal à s’faire du bien.

 Chantez cet hymne au grand vide
Avant d’avoir trop de rides,
Pas question de rester seul 
Car, comme dit le grand Schmoll,
« Faudrait pas avoir le blues »
Ce serait vraiment la lose.

Dans ce formidable univers sans frontières,
Glissons-nous sans attendre dans le grand concert
Des nations et rendons hommage sans façon
Au temps béni de la mondialisation.


<< • Christian Broussas –Cadence - 22/12/2017 • © cjb © • >>

lundi 18 décembre 2017

Le premier poème français

 Sainte Eulalie 

         
Sainte Eulalie                     Le martyr de Ste Eulalie           


Eulalie de Mérida est une martyre espagnole du IIIe siècle. Très populaire dans son pays mais aussi en France, elle est connue par la Cantilène de Sainte Eulalie ou chant profane dédié à Sainte-Eulalie.

  Retable de Sainte Eulalie

Ce poème a été composé à l'abbaye de Saint-Amand, près de Valenciennes, peu après 878, date de la découverte des reliques de la sainte. C'est l'un des plus anciens documents en langue d'oïl mais il porte déjà la marque de notre langue actuelle.
On le considère souvent comme le premier poème écrit en "langue vulgaire", mélange de mots latins et vernaculaires, bien avant l’ordonnance de Villers-Coterêts qui a imposé l’exclusivité du français dans les documents relatifs à la vie publique.

     Ste Eulalie par Waterhouse, 1885 (détail)
 
La Cantilène de Sainte Eulalie (IXème siècle)
Version originale    Adaptation en français moderne
Buona pulcella fut Eulalia
Bel avret corps, bellezour anima.
Voldrent la veintre li Deo inimis,
Voldrent la faire diavle servir.
Il non eskoltet les mal conseillers,
In figure de colomb volat a ciel.
Tuit oram que por nos degnet preier
Qued avrisset de nos Christus mercit,
Post la mort, et a lui nos laist venir.
Par souve clementia.
     Bonne pucelle fut Eulalie
     Bel avait le corps, plus belle l'âme.
    Voulurent la vaincre les ennemis de Dieu,
    Voulurent la faire diable servir.
    Elle n'écoute les mauvais conseillers,
    Sous forme de colombe vola au ciel.
    Tous prions que pour nous daigne prier
    Que de nous Christ ait merci,
    Après la mort, et à lui nous laisse venir.
    Par sa clémence.
 
Sainte Eulalie de Mérida est une vierge martyre morte en 304, célébrée dans un hymne de Prudence ( Peristephanon 3) et dans la célèbre Séquence de sainte Eulalie, premier texte littéraire en français.

Elle aurait dit après son jugement, au juge (dans plusieurs légendes hagiographiques, il s'agit du proconsul Dacien) :
Isis Apollo Venus nihil est,
Maximianus et ipse nihil:
illa nihil, quia factu manu;
hic, manuum quia facta colit

En français, ces quatre vers peuvent être traduits par : « Isis, Apollo et Venus ne sont rien, pas plus que Maximilien : ils ne sont rien car ils ont été forgés par la violence ; ici, des mains que le crime honore ».


<< • Christian Broussas –Ste Eulalie - 18/12/2017 • © cjb © • >>